10 avril

Vers une Magistrature « ISPérisée » ?

A l’occasion de la « Convention managériale de l’Etat » (sic), le Président Macron –dont le parcours illustre jusqu’à la caricature les griefs qu’il affecte de porter contre l’E.N.A….-, a confirmé qu’il entendait, à marche forcée, mettre en œuvre l’essentiel des propositions du « rapport Thiriez », dans le droit fil d’une volonté affirmée de plus longe date d’ignorer la spécificité de l’autorité judiciaire -que l’A.P.M. –sans illusion sur ce qui se préparait-, n’avait cessé de dénoncer : Cf., entre autres, les tribunes en ligne : http://nouvelleapm.fr/actualites/tribune/item/174-ceci-n-est-pas-thiriezhttp://nouvelleapm.fr/actualites/tribune/item/157-la-fonctionnarisation-est-en-marchehttp://nouvelleapm.fr/actualites/tribune/item/151-des-magistrats-aux-administrateurs-publics-de-la-justicehttp://nouvelleapm.fr/actualites/tribune/item/140-entre-autres-l-e-n-a-et-en-meme-temps-l-e-n-m

 

Libre à nos gouvernants, en ce qui concerne l’E.N.A. et les corps de hauts fonctionnaires, de céder à une grossière démagogie anti-élites, par une évidente opération de diversion qui cherche à transférer sur les cadres de l’Administration la responsabilité de carences et de démissions qui ne sont celles, en réalité, que des politiques eux-mêmes et dont l’actualité, depuis un an, offre le pathétique spectacle… Et libre aux médias et à l’opinion de se laisser naïvement abuser à cet égard, en applaudissant devant les « têtes d’œufs » qui vont rouler dans la sciure  !...

Il est, en revanche inacceptable que les auditeurs de justice, futurs magistrats –c’est-à-dire membres d’une « autorité » indépendante que la Constitution distingue radicalement de l’ « Administration » soient noyés, pour leur formation, dans un « fourre-tout » regroupant les « élèves administrateurs de l’Etat » (sic) issus de… 13 écoles, aux missions et vocations radicalement différentes ; et, alors que les griefs faits à l’E.N.A., à tort ou à raison, ne sont, en tout état de cause, absolument pas transposables à l’E.N.M..

A plus forte raison, si, comme le donne très fortement à penser le propos présidentiel, si le futur « Institut du Service Public » n’était pas seulement chargé de la formation initiale (pour une supposée « culture commune », aux allures de « bourrage de crâne » politiquement correct et favorisant, plus que jamais et à plus grande échelle, le « conformisme » censé être une tare de l’actuelle Ecole…), mais, serait un passage obligé et un instrument de sélection pour l’accès ultérieur à des postes d’encadrement –comme si le déroulement des carrières devait suivre le même unique modèle (et, sans considération des garanties statutaires propres à la Justice ??...)  !

Dans la ligne des propos que l’A.P.M. avait déjà vigoureusement critiqués, tout le discours présidentiel traduit ainsi une « banalisation » complète des membres du corps judiciaire (il n’est question, à tout bout de champ, que de « hauts fonctionnaires », de « service public » etc.), au mépris total du cadre juridique, d’assise constitutionnelle, dont le Président est, pourtant, censé être le « garant »… Les mots ont, à cet égard, une charge symbolique essentielle, qui se trouve, ici, en parfaite cohérence avec le projet : si l’on voulait verser dans les clichés faciles -que feint de fustiger le Président pour mieux les accréditer…-, on pourrait dire que c’est là une vision archétypique d’énarque, qui veut couler tout le monde dans le même moule…

Alors que l’actuel garde des sceaux, confit dans sa haine de la Magistrature, ne rêve que de remplacer les juges par ses confrères avocats, le chef de l’Etat, lui, manifestement, ne voit pas la différence entre un juge et un directeur d’hôpital ou un receveur de l’enregistrement : il faut croire, effectivement, qu’il y a quelque chose à revoir dans la formation qu’on dispense à l’E.N.A. !...

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