14 septembre

« PRENDS L’OSEILLE ET TIRE TOI ! »

Tonitruante annonce du ministre de la justice : le ventilateur à milliards qu’un Etat pourtant banqueroutier actionne à tour de bras de manière quasi-hebdomadaire pour tenter de calmer, l’un après l’autre, les mécontentements, va, cette fois, tourner au profit de la Magistrature, avec une augmentation des rémunérations de ses membres.

Bien entendu, ils ne s’en plaindront pas –même s’il a y a déjà fort longtemps qu’on leur avait promis la parité avec leurs homologues de la juridiction administrative : à peine censée acquise, elle avait été suivie d’un décrochage… : en sera-t-il encore de même aujourd’hui  ?...

Faut-il que l’on soit embarrassé, au plus haut niveau de l’Etat, par l’impopularité et le rejet de M. Dupond-Moretti, pour qu’on en arrive là ! Réflexe de banquier, qui pense sans doute que tout s’achète avec de l’argent, en y mettant le prix pour conclure le deal

Certes, il se trouvera bien quelques syndicalistes fourbus de leur opposition que cette poignée d’avoine fera rentrer à l’écurie… : on a commencé à le voir et on attend l’étape suivante : le retrait de la plainte déposée devant la Cour de justice de la République contre le garde des sceaux…

Mais pour nos collègues étrangers à ces jeux de sérail, ce sera sans doute le mot de César : « je vous étonnerai par mon ingratitude ».

Et d’autant plus qu’il faut décoder cette communication à grand spectacle :

 1°) On nous parle de 1 000 euros brut : il faut donc déjà faire une sérieuse réfaction pour le net concret (lequel sera, de plus, amputé par le fisc au titre de l’imposition sur les revenu.

2°) On nous parle d’une « moyenne » : c’est donc que certains (la hiérarchie, sans doute) s’envoleront au-dessus, tandis que d’autres (les soutiers de la base, à coup sûr), plongeront en dessous…

3°) On ne nous parle pas de calendrier : serait-ce du long terme ?... Un étalement rendrait la mesure passablement illusoire…

4°) Et quid des retraités ? L’équité exigerait un rattrapage en proportion…

5°) Concrètement, si une meilleure rémunération est une juste reconnaissance de l’importance de la fonction et de la valeur de ceux qui l’exercent, cela ne changera rien à la dégradation de leurs conditions de travail, matérielles, juridiques et morales –qui comptent aussi beaucoup pour l’attractivité de la fonction (et certainement plus qu’une poignée d’euros…).

6°) Laisser croire, au demeurant, que l’intérêt pour le métier des candidats ou la motivation et le dévouement au service de ceux qui l’exercent ne serait qu’une question d’argent n’est pas seulement faux et réducteur mais aussi, indécent et insultant.

7°) Bercy ne donne jamais rien sans contrepartie : il faut donc s’attendre à ce que cette manne éventuelle ait son pendant caché dans quelques grosses couleuvres à faire avaler au corps judiciaire –c’est là, d’ailleurs, une idée qui était dans l’air et sous la plume de quelques réformateurs en chambre : « qu’on leur donne du fric pour les calmer et, qu’en échange, on leur impose les bouleversements statutaires, organisationnels et procéduraux qu’ils refusent ! ».

La ficelle est donc grosse ; c’est le moment de se rappeler l’antique sagesse : timeo Danaos et dona ferentes... Et, avec Woody Allen, de « prendre l’oseille » et de « se tirer », sans se laisser abuser ni manipuler.

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